Comment former, accompagner, recruter et fidéliser une génération en quête de sens ?

Comment former, accompagner, recruter et fidéliser une génération en quête de sens ?

70% et 23 000. Tels sont les deux chiffres rappelés par Impact Campus en introduction. 70% : c’est le pourcentage d’étudiants qui pensent que le « développement durable est un sujet que les cours devraient intégrer et promouvoir de façon active » (étude réalisée par « National Union of Students »). 23 000 : c’est le nombre d’étudiants qui ont signé le «manifeste pour un réveil écologique».

La génération Y démontre une envie croissante de s’engager, elle cherche du sens et de la cohérence. Cette génération incite les établissements mais aussi les Entreprises à se questionner, se positionner et à prendre acte de ces questions. Étudiant, Établissement, Acteur de l’ESS, Recruteur et Entreprise ont été invités à dialoguer ensemble afin de mieux avancer ensemble.
Les Entreprises cherchent à comprendre les aspirations de cette génération de la quête de sens, tout en cherchant des profils toujours plus pointus, aux compétences toujours plus diverses. Les étudiants veulent du sens, de l’impact, des responsabilités et de la cohérence de la part de leur employeur.

Quant aux Établissements d’enseignement supérieur, ils voient leurs programmes pédagogiques se transformer pour mieux répondre aux attentes toujours plus exigeantes, des étudiants et des Entreprises.

Comment former, accompagner, recruter et fidéliser une génération en quête de sens ?
Synthèse d’une table ronde organisée le 13 Novembre 2018, dans les locaux de l’emlyon business school, en partenariat avec Enactus et Campus Responsables.

Caroline Renoux, fondatrice du cabinet de conseil en recrutement Birdeo, soulève un point étonnant : alors que les jeunes cherchent à s’engager lorsqu’ils sont étudiants et que la défiance envers les entreprises est en train de grandir, nombreux sont ceux qui choisissent leur premier emploi au sein d’Entreprises « classiques ». Un fait confirmé par une étude réalisée par ENACTUS sur leurs alumni : 1/3 des 13 Novembre 2018 – Dans les locaux de l’emlyon Business School étudiants rejoignent une Entreprise classique, 1/3 deviennent entrepreneurs et 1/3 rejoignent l’ESS. Cependant 90% des répondants se considèrent encore comme engagés soit parce qu’ils participent à la politique RSE de leur Entreprise, soit parce qu’ils s’engagent sur leur temps personnel.
Ainsi, bien que l’engagement ne soit pas incarné dans le premier emploi, il est encore présent. Afin de sortir de la défiance envers les Entreprises, Céline Sannié, Directrice des opérations ENACTUS France propose de se détacher de cette dichotomie courante opposant ESS et Entreprise « classique ».

Sébastien Florensan, à la direction de l’Engagement d’Entreprise de BNP Paribas, confirme cette proposition en affirmant que l’engagement est au cœur de la stratégie de son Entreprise et ne se limite donc pas aux petites structures de l’ESS. Il explique en effet qu’en tant que grande Entreprise, BNP Paribas a les moyens et la responsabilité d’agir. Une direction de l’Engagement (qui siège au comité exécutif) structure leurs actions autour de cinq piliers :

  • La transition énergétique par une politique de crédit et de choix d’investissements orientés
  •  L’économie inclusive via le soutien aux publics sensibles et aux associations de quartie
  • L’entrepreneuriat social
  • Des actions de la banque au service d’un ancrage local fort
  • L’implication des collaborateurs, nécessaire à la réussite des quatre précédents piliers

La discussion s’oriente ensuite sur le rôle de l’enseignement supérieur dans la nécessaire création de liens entre les Entreprises et la génération Y.

Nathalie Hector, Directrice du programme Grande Ecole de l’emlyon explicite le parti pris de son établissement : celui des soft skills – un choix parfois difficile à assumer auprès des étudiants. Son objectif est de sortir les étudiants de leur zone de confiance et d’en finir avec la pédagogie classique qui réduit l’expérience des études supérieures à une accumulation de crédits ECTS et de souvenirs de vie associative. Comment réussir à faire perdurer la passion qui motive leurs expériences associatives, tout au long de leur vie professionnelle ? Une grille de lecture d’un nouveau genre est alors proposée par l’école, reposant sur la question suivante « que voulez-vous faire de votre vie ? ». Son objectif : leur permettre de transformer la passion en profession. Les études sont également l’occasion de réfléchir à ses priorités ainsi qu’à l’impact que chacun souhaite avoir. En fin de parcours supérieur, l’école accompagne ses étudiants dans la construction de leur discours d’employabilité. Pour l’emlyon, l’objectif est d’avoir planté « la petite graine du changement et de l’importance de l’engagement ».

En parallèle de leur parcours académique, beaucoup d’étudiants choisissent de s’impliquer au sein d’associations comme notamment ENACTUS. Céline Sannié souligne la complémentarité entre les actions d’ENACTUS et la grille de lecture proposée par l’emlyon. Décrit comme un « catalyseur de l’engagement » les étudiants y sont accompagnés par le biais d’outils pédagogiques adaptés à leurs profils. Les objectifs de l’association sont les suivants : amener les étudiants à réfléchir à un enjeu qui les touche, les aider à faire émerger un projet 13 Novembre 2018 – Dans les locaux de l’emlyon Business School et les pousser à passer à l’action. Pour les étudiants c’est une véritable opportunité de professionnalisation, notamment par le développement de compétence et la constitution d’un réseau professionnel.

Comme le résume Céline Vienne, alumni du programme ENACTUS, étudiante stagiaire chez Klésia « ENACTUS c’est la conviction qu’un autre monde est possible, et qu’il ne tient qu’à nous de nous battre pour celui-ci ». S’engager c’est selon elle l’opportunité de mettre les compétences business au service d’un projet porteur de sens afin de changer d’échelle et d’avoir plus d’impact.
En conclusion de cette Table Ronde, plusieurs pistes d’actions – susceptibles de faciliter la prise en compte, par chacun, de l’émergence de cette quête de sens au sein de la nouvelle génération – ont été explicitées.

  • Valoriser davantage les compétences acquises en parcours associatifs, que ce soit dans les cursus ou en processus de recrutement.
  • Développer des enseignements actifs, dynamiques et positifs sur les thématiques de l’engagement dans les maquettes pédagogiques.
  • Créer des programmes au sein des Entreprises pour permettre aux collaborateurs de s’engager dans le cadre de leur parcours professionnel.
  • Favoriser le dialogue et la collaboration entre étudiants, Établissements et Entreprises afin que chacun comprenne ce qui est en jeu pour les autres parties prenantes.
  • Enfin porter le message de l’audace et de la différence auprès des Entreprises et étudiants.

Campus Responsables conclut l’échange en rappelant une tendance de fond, celle de l’évolution des attentes des jeunes diplômés. Le rôle de l’Enseignement supérieur et le positionnement des
Entreprises se voient en effet challengés lorsque l’on réalise que leur investissement dans des projets d’engagement leur permet de développer de nouvelles compétences. Favoriser et accompagner l’engagement des étudiants et des collaborateurs devient alors un enjeu stratégique, facteur d’attractivité pour l’enseignement supérieur et de réussite pour l’Entreprise.